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1/3 Foot féminin et salaires : une question d’égalité ?

By 20/09/2019 mai 5th, 2020 No Comments
Au début du mois de septembre, la fédération finlandaise de football a annoncé la mise en place de l’égalité salariale entre ses sélections féminine et masculine. Le pays scandinave rejoint ainsi la Norvège et les Pays-Bas dans la courte liste des pays du monde qui ont mis en place cette initiative.

Maintenant, nous partageons non seulement des rêves et objectifs communs, mais aussi un accord avec le même contenu. Pour beaucoup d’entre nous, le contrat est important non seulement du point de vue économique, mais également du fait que les équipes A sont égales”, déclarait la capitaine finlandaise Tinja-Riikka Korpela (photo). Plus qu’une question économique, l’égalité salariale entre joueuses et joueurs de la sélection est, pour elle, une question d’atteindre des objectifs communs – ils sont toutes et tous représentants de leur nation à l’international, réalisant le même métier avec les mêmes responsabilités. Pourtant, partout où se pose la question de l’égalité salariale dans le football, des détracteurs s’y opposent. Leurs principaux arguments : la différence de niveau de performance et le retour sur investissement non assuré par le football féminin.

Une question de performance

Au-delà du principe même d’égalité, le passage d’un salaire inférieur à égal pour les footballeuses dans ces trois pays se justifie en partie par leur bonne performance. Les Finlandaises sont 31èmes au classement mondial FIFA(1), contre 57èmes pour les hommes(2), la Norvège est douzième chez les femmes et cinquantième chez les hommes, et les Hollandaises sont vice-championnes du Monde alors que leurs homologues masculins se contentent de la seizième position. Ces chiffres témoignent de la supériorité des valeurs (la responsabilité de représenter son pays et le fait d’exercer le même métier) sur le résultat sportif dans l’argumentaire de l’égalité salariale.

Pourtant, les critiques portent souvent sur la performance globale du football féminin par rapport au masculin. Il est vrai que pour des raisons physiologiques, la performance des femmes n’est généralement pas la même que celle des hommes : vitesse, puissance de tir, etc. La validité de l’argument est cependant contestée. En athlétisme, la performance du 100m féminin n’est pas remise en question par rapport au masculin sous prétexte que la course dure une seconde de plus, pourquoi alors limiter la performance footballistique à des attributs physiques plutôt qu’à la tactique, à la technique et à l’ensemble du jeu. La question est de savoir si les compétitions masculines et féminines sont à comparer entre elles ou si l’intérêt est dans la comparaison entre les athlètes au sein de la même compétition. Tant que le football n’est pas mixte, la comparaison physique entre hommes et femmes n’a alors pas lieu d’être, puisque les deux ne sont pas en opposition sur le terrain.

Un défi économique

Autre contre-argument de taille, l’économie. Le football féminin serait – aux dires de certains rétracteurs – moins rentable que le masculin, puisqu’il engendre moins de revenus. Dans de nombreux pays, le football féminin a un retard considérable sur le football masculin du fait d’un manque d’investissements et du désintérêt pour la discipline : moins bonnes infrastructures, performance moins spectaculaire, manquements techniques… Une conséquence directe de cette conjoncture implique une audience moins importante et donc une consommation plus faible du football féminin, au sens économique du terme, provoquant des revenus moins importants.

Aux États-Unis, où le “soccer” est considéré comme un sport féminin et où la sélection féminine multiple championne du monde est une équipe star, les joueuses sont pourtant en conflit avec leur fédération. En mars 2019, Megan RapinoeAlex Morgan et Carli Lloyd en tête, les Américaines ont mené en justice la United States Soccer Federation pour discrimination salariale de genre (à lire dans la rubrique l’actu). Ce duel met en lumière la situation paradoxale d’une équipe performante, appréciée et rentable, qui est pourtant moins bien payée que ses homologues. La situation américaine est un cas d’école, montrant que le problème des inégalités salariales est plus profond qu’une comparaison de performance et de rentabilité entre disciplines. Le procès en mai 2020 sera pour cela très attendu

Le double défi de la performance et du placement efficace des investissements dans le football féminin est ainsi un élément essentiel pour le développement égalitaire de la discipline. Leur principal obstacle pour le surmonter paraît cependant résider dans les priorités des organes décisionnels et diverses autorités, dont les plans de développement (3), mentionnent l’égalité dans l’accès à la pratique et non dans la rémunération et le football professionnel.

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